Fripon

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Le fripon, ou farceur (ou trickster en anglais), est un personnage mythique présent dans toutes les cultures, rendu célèbre par Paul Radin. Les anthropologues comme Claude Lévi-Strauss utilisent le terme de « décepteur » — du moyen français decepteur : « celui qui trompe, qui trahit ». Dans le domaine des mythes et contes d’Afrique noire, le personnage de l’Enfant malin a été comparé au Petit Poucet par Denise Paulme dans La Mère dévorante (1976), tandis que d’autres études réunissaient un corpus de contes autour de l’« Enfant terrible ».

Le fripon est par exemple l’équivalent du lutin dans la culture des Indiens des Amériques. Le fripon divin joue des tours pendables, possède une activité désordonnée incessante, une sexualité débordante, etc. Il est, selon Paul Radin (1956), un miroir de l’esprit, un speculum mentis, ce qui donna lieu, grâce à son travail avec Carl Gustav Jung, au développement du concept d’enfant intérieur, mais aussi d’une pratique psychothérapeutique.

Le fripon est fondamentalement une personnalité chaotique, à la fois bonne et mauvaise water bottle best, une sorte de médiateur entre le divin et l’homme. Il passe avec facilité de l’autodérision au sérieux le plus total ; mourir, renaître, voyager dans l’au-delà et conter sont certains de ses attributs. Il est indispensable à la société : sans lui, elle serait sans âme car, selon l’historien Jacques Bainville, il est « exempt des changements nécessaires à l’adaptation des êtres face à l’apparition des événements nouveaux&nbsp clothes depiller[réf. nécessaire].

Le fripon est une sorte d’individualiste solitaire considérant les institutions comme des entités étrangères. Ne laissant personne indifférent, il a l’humour pour arme de prédilection, même si celui-ci peut être cruel. L’anthropologie nous révèle que « Nous avons tous un enfant en nous-mêmes » et que de nombreux peuples ont formulé cette conviction.

La perspective jungienne, au travers de l’ouvrage Le Fripon divin : le mythe indien, envisage l’existence d’un processus qui renvoie à un archétype présent, dans chaque être humain, quelle que soit sa culture. Cette universalité se retrouverait au travers du fripon divin. Le fripon divin est la figure de la petite créature mythique des légendes mais plus encore il est aussi une composante de notre âme. Cependant, la notion de fripon et celle d’enfant divin ne se recouvrent que partiellement. Et d’une certaine manière le fripon est le double, l’ambivalence, la part d’Ombre de l’enfant divin etc. : l’ombre et la lumière en somme.

« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. »

« Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension. »

Paul Radin, coauteur de l’ouvrage Le mythe du Fripon, écrit :

« Il n’est guère de mythe aussi répandu dans le monde entier que celui connu sous le nom de “mythe du Fripon” dont nous nous occuperons ici. Il y a peu de mythes dont nous puissions affirmer avec autant d’assurance qu’ils appartiennent aux plus anciens modes d’expression de l’humanité ; peu d’autres mythes ont conservé leur contenu originel de façon aussi inchangée. (…) Il est manifeste que nous nous trouvons ici en présence d’une figure et d’un thème, ou de divers thèmes, doués d’un charme particulier et durable et qui exercent une force d’attraction peu ordinaire sur l’humanité depuis les débuts de la civilisation. »

Il s’agit d’un être fruste et rusé, plein d’innocence et de convoitise, qui enfreint toutes les règles, commet toutes les maladresses, déclenche toutes les catastrophes et tombe dans tous les pièges, y compris ceux qu’il a tendus lui-même. Le parcours du fripon est celui d’un apprentissage par l’absurde, en quelque sorte.

Il est représenté dans la littérature populaire du nord de l’Allemagne sous la figure de Till l’espiègle (Till Eulenspiegel en allemand), saltimbanque malicieux et farceur. Ce nom est à l’origine de l’adjectif espiègle : il fut emprunté en français dès le XVIe siècle sous la forme Till Ulespiegle qui donna lieu à toute une littérature.

Il peut passer une partie de son existence sous forme animale, ou encore le personnage peut être décomposé en plusieurs rôles dont certains sont tenus par des animaux comme la Corneille, le Renard, en Amérique le Coyote, etc., qui ne sont pas sans faire penser à un recueil de récits médiévaux français des XIIe et XIIIe siècles ayant pour héros des animaux agissant comme des humains : Le Roman de Renart. En Afrique : Lièvre ou aussi Araignée.

Le fripon est à vrai dire tellement divers, tellement polymorphe qu’il est parfois difficile de lui conserver une réelle individualité.

C’est au terme de cet apprentissage qu’il deviendra un être humain, ce qu’il n’était pas, ou pas toujours, au départ. Et cette dernière notion est importante car elle évoque une évolution, un passage à l’état d’adulte, à celui d’homme ou de femme mature, ce que précisément Carl Gustav Jung a découvert aussi dans son concept d’individuation.

Ces travaux autour du fripon divin permirent à Carl Gustav Jung de développer le concept d’enfant intérieur, (enfant divin), en apportant sa contribution à l’étude de la psychologie du fripon.

Cela eut aussi un développement a priori inattendu, celui de la notion d’enfant intérieur, utilisée en psychothérapie pour adulte, quand un homme ou une femme parvenus à ce qui est nommé la seconde partie de la vie décident d’emprunter un chemin de développement personnel.

Philippe Sollers, étant sorti du registre avant-gardiste au tournant des années 1980 avec son roman Femmes, a pu justifier son revirement par une posture de fripon, développée dans son roman suivant Portrait du joueur.

Par ailleurs, le philosophe Mehdi Belhaj Kacem a consacré un essai à la figure du Trickster dans ses prolongements métaphysiques.

Carl Gustav Jung a étudié la figure du fripon dans sa contribution à l’ouvrage collectif Le Fripon divin en 1956. Dans ses manifestations les plus évidentes, l’image du fripon est une représentation fidèle de la plus totale indifférenciation de la psyché humaine, à peine sortie du stade animal. En psychopathologie, l’image du fripon se manifeste dans la psyché de la personnalité dissociée à l’intérieur de laquelle s’active une personnification collective de traits meilleurs ou pires que le moi.

Chez l’homme normal, la figure du fripon est représentée par des contre-tendances inconscientes apparaissant chaque fois que l’homme se sent à la merci d’incidents apparemment malveillants ; ce trait de caractère est appelé l’ombre dans la théorie de Jung ; il est expliqué que le mythe du fripon a été préservé et développé pour son effet thérapeutique : afin de lui rappeler son passé, le niveau primitif intellectuel et moral inférieur est maintenu face à la conscience de l’individu plus développé.

Le fripon est comparé à l’ombre individuelle : ils ont tous deux un but commun, la recherche du sens. Bien que l’ombre apparaisse négative, certains de ses traits ou associations peuvent parfois indiquer une résolution positive du conflit.

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